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Masada

Carl Buchalet
15 min de lecture
Masada
Israël — Archéologie

Archéologie, mythe et symbole

Photo © David Ohnona — Vue aérienne de la forteresse de Masada vers le sud

L’Arche • Juillet-Août 2023

Par Brigitte Ohnona Mannheim
Archéologue à l’IAA
et Dr David Ohnona
CEO Memories Foundation, ex-inspecteur général à l’IAA en charge du trafic d’antiquités
Perchée sur un promontoire rocheux dominant la mer Morte, dans un paysage quasi-lunaire à couper le souffle, l’ancienne forteresse de Masada, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, est un lieu exceptionnel avec une histoire dramatique dont les faits sont devenus mythe puis symbole.

« Un rocher d’un assez vaste pourtour et d’une grande hauteur est, de toutes parts, isolé par de profonds ravins dont on ne voit pas le fond. Ils sont escarpés et inaccessibles aux pieds de tout être vivant, sauf en deux endroits où la roche se prête à une ascension pénible […] ».

Non ! Cette phrase n’est pas extraite d’un guide touristique. C’est l’historiographe romain juif du Ier siècle de notre ère, Flavius Josèphe,1 qui commence ainsi sa description du site de Masada, au cœur du désert de Judée (La Guerre des juifs, VII, 3). On pourrait continuer à le citer presque mot pour mot tant sa description de l’endroit est fidèle !

Hérode, roi de Judée à cette époque, est passé à la postérité pour la rénovation et l’expansion massive du Second Temple de Jérusalem. Il fit également construire le port de Césarée, troisième port de commerce du bassin méditerranéen à l’époque romaine et, dans le désert de Judée, l’Herodium. Défiant la nature inhospitalière du désert, il construisit aussi une forteresse et un palais au sommet de la montagne : Masada.

En l’an 63 av. J.-C., la Judée passe sous l’emprise romaine via le général Pompée. En 66 de notre ère éclate la Grande Révolte des juifs contre les Romains. Masada fut le refuge de ceux qui ne voulaient pas s’avouer vaincus, les Zélotes, mais également d’autres fuyards, esséniens, pharisiens et saducéens. Ces rebelles juifs s’insurgèrent contre la domination romaine, s’emparèrent de Masada en 66, et l’occupèrent pendant plusieurs années. Les forces romaines encerclèrent la forteresse en 72 et, finalement, réussirent à percer les murs en construisant une rampe d’assaut géante, dont les traces sont encore visibles aujourd’hui. En 73 ou 74, la forteresse tomba aux mains des légionnaires romains. Masada a été le site d’un dernier combat désespéré opposant juifs et romains, qui aurait abouti à un suicide de masse, préféré à la capitulation. Ce fut la fin de la première guerre juive contre la domination de Rome, près de trois ans après la chute de Jérusalem (an 70) et la destruction du Temple.

Commençons par découvrir ce site exceptionnel, naturellement fortifié, qui, du fait de son isolement et de la rudesse du climat de l’extrême sud du désert de Judée, est resté quasi inoccupé pendant près de dix-neuf siècles. La masse de la forteresse est bâtie sur une plateforme naturelle qui s’élève à 330 mètres en moyenne au-dessus de la plaine environnante. Les falaises du côté Est, qui surplombent la mer Morte, sont hautes d’environ 450 mètres. La surface plane du sommet affecte une forme rappelant celle d’un losange dont la grande diagonale est dirigée nord-sud, ou, pour reprendre la comparaison de Yigaël Yadin (archéologue, homme politique et militaire israélien), Masada évoque « le pont d’un navire marchant cap au nord ». Le plateau mesure près de 550 mètres de long (nord/sud) sur 275 mètres de large (est/ouest).

Selon Flavius Josèphe, le premier à fortifier l’endroit fut Jonathan, le grand-prêtre, et il appela l’endroit « Masada ».2 Il semble faire référence au roi Alexandre Jonathan (Jannée en grec, ou Yannaï en hébreu), roi hasmonéen de Judée et grand-prêtre d’Israël, qui régna de 103 à 76 avant notre ère. Toutefois, jusqu’à présent, aucun vestige n’a été découvert à Masada qui puisse être définitivement daté de cette période.

Ce que rapporte ensuite Josèphe, c’est la fuite, en 40 avant notre ère, d’Hérode et de sa famille à Masada : le dernier roi de la dynastie hasmonéenne, Antigone II, avait promis aux Parthes que, s’ils arrivaient à supprimer Hérode le Grand avec son parti et à destituer Hyrcan II de ses fonctions de grand-prêtre pour être intronisé à sa place, il leur donnerait mille talents et cinq cents femmes juives choisies dans l’entourage d’Hérode. L’histoire raconte qu’Antigone a assiégé Masada, Hérode est sorti pour appeler à l’aide et a failli mourir de soif ; il a été sauvé par une pluie soudaine. Hérode retourna à Masada et fit construire une forteresse destinée à protéger son royaume des ennemis extérieurs, ainsi qu’à le protéger des ennemis intérieurs.

Entourée d’un double mur de près de 4 mètres d’épaisseur, d’une hauteur de 6 mètres d’après Flavius Josèphe, et protégée par 37 tours hautes de 25 mètres, Masada était percée de quatre portes. Deux d’entre elles conduisaient au réseau de citernes d’eau bâties à flanc de pente. Deux autres conduisaient à l’extérieur du site. Dans la forteresse, Hérode a fait bâtir un complexe de palais magnifiques, de bains publics, d’immenses citernes d’eau et d’entrepôts d’armes et de nourritures.

Vue panoramique depuis le sommet de Masada sur le désert de Judée et la mer Morte
Vue d’ensemble des camps romains et du désert de Judée depuis le sommet de Masada. La mer Morte est visible à l’horizon. Photo © David Ohnona

Les points clés du site

Hérode a construit un impressionnant système de collecte d’eau : des barrages construits le long du lit de la rivière Nahal Masada détournaient les eaux de crue dans des canaux qui remplissaient douze vastes citernes sur deux niveaux, creusées dans la pente nord de la citadelle. Ces citernes pouvaient contenir 40 000 m3 d’eau, laquelle était ensuite transportée par des bêtes de somme jusqu’aux citernes de stockage sur le plateau montagneux. Ce réseau d’alimentation en eau était particulièrement sophistiqué ; les eaux de ruissellement recueillies au cours d’une seule journée de pluie suffisaient à faire vivre un millier de personnes pendant plusieurs mois !

Le contrôle de l’environnement, de l’eau, c’est le pouvoir. Imaginez qu’un émissaire vienne ici il y a deux millénaires après avoir parcouru le désert de Judée, chaud et poussiéreux. Quel genre d’impression cela ferait-il de voir ces jardins verts ? Avec la quantité d’eau nécessaire pour maintenir la façade de l’oasis au sommet de la montagne, Hérode déployait ses muscles.
Jodi Magness, archéologue

Le Palais Nord se situe sur la crête nord du plateau. C’est l’un des palais-forteresses les plus somptueux d’Hérode, construit sur trois niveaux. Le plus élevé comporte une terrasse avec une exèdre semi-circulaire à colonnes (semblable à celle du palais de Césarée), et deux groupes d’appartements dont les chambres étaient pavées de mosaïques blanches et noires, aux motifs géométriques :

À l’intérieur, la disposition des appartements, des portiques et des bains offrait beaucoup de variété et de luxe ; partout s’élevaient des colonnes monolithes : les murs et le pavé des appartements étaient revêtus de mosaïques aux couleurs variées.
Flavius Josèphe, La Guerre des juifs, VII, 3

Dans la partie orientale de la terrasse supérieure, un escalier permettait d’accéder à la terrasse médiane, près de 20 mètres plus bas. Sur cette plate-forme, repose un mur double appartenant à une tour ronde de 15 mètres de diamètre. À 10 mètres en dessous de la tour, une troisième terrasse s’appuie sur une série de voûtes. Un énorme mur de soutènement de 30 mètres de hauteur retient l’édifice du côté nord-est. Les trois terrasses étaient reliées par deux escaliers.

Ruines d'un colombarium à Masada, murs en pierre avec niches
Un colombarium de Masada, structure abritant colombes et pigeons. Photo © David Ohnona
Grande citerne souterraine creusée dans la roche à Masada
La grande citerne souterraine, vestige du réseau hydraulique sophistiqué d’Hérode. Photo © David Ohnona

Ailleurs, sur le plateau, se trouvent d’autres vestiges d’un vaste palais occidental de près de 4 000 m2. Parmi les installations, des bains publics construits dans un style romain. On suppose aussi avoir trouvé la « salle du trône » : dans le sol d’une grande pièce se trouvent quatre dépressions dans lesquelles les pieds du trône du roi auraient pu être placés.

Hérode fit construire trois columbariums, des structures pour abriter colombes et pigeons utilisés à des fins de communication ; les volatiles étaient élevés également pour leur viande et leurs déjections servaient d’engrais pour les cultures.

Plan archéologique du site de Masada
Carte archéologique du plateau de Masada, montrant la disposition des structures. Photo © David Ohnona
Maquette 3D de reconstitution du palais nord de Masada
Maquette de reconstitution du palais nord d’Hérode, visible sur le site. Photo © David Ohnona

Plus au sud sur le plateau, se trouvaient des villas plus modestes servant sans doute aux membres de la famille royale ou aux épouses du roi.

Après la mort d’Hérode (4 avant notre ère), les Romains laissèrent une garnison dans la citadelle. Quelques décennies passent… En l’an 66, la guerre éclate entre Romains et Juifs. Les rebelles reprennent Masada à la garnison romaine qui y était stationnée. Ils sont connus dans les écrits de Josèphe sous le nom de Sikkim (d’après une épée courte « Sikki » qu’ils cachaient dans leurs vêtements). Ils ont été rejoints en 70 par les derniers rebelles qui ont quitté Jérusalem, dont Éléazar ben Yaïr, leur commandant. Flavius Josèphe écrit qu’ils étaient environ mille au moment du siège.

La répartition des objets, mis au jour lors des fouilles archéologiques, montre que le palais nord était utilisé comme quartier général et celui de l’ouest servait de centre administratif ; les familles vivaient soit dans les villas, soit dans les chambres bâties dans le mur à casemates et dans les tours. Un bâtiment servant d’étable au temps d’Hérode a été transformé en synagogue par les rebelles. Deux fosses creusées dans le sol de la salle, dans lesquelles des fragments de rouleaux bibliques ont été trouvés, ont probablement été utilisées comme lieu de sépulture. Des bancs intégrés étaient fixés aux murs. C’est l’une des rares synagogues anciennes qui fonctionnaient à la fin de la période du Second Temple.

Les archéologues ont découvert des pointes de flèches, des objets domestiques : vaisselle et accessoires de toilette, restes de denrées alimentaires, tissus, monnaies : des pièces de bronze par centaines, et 40 sicles et demi-sicles d’argent, datant des cinq premières années de la Révolte et frappées à Jérusalem. Yigaël Yadin a même trouvé cinq pièces de la cinquième année de la Révolte mentionnant au revers « Jérusalem la Sainte » et, à l’avers, « Shekel d’Israël — année cinq ». Plusieurs fragments de manuscrits, notamment des textes bibliques ont été sortis de terre, ainsi que plusieurs centaines d’ostraca (tesson de poterie utilisé comme support d’écriture), avec des inscriptions en hébreu ou en araméen.

L’archéologue Ehud Netzer a décrit ce moment comme le plus marquant de sa carrière.

Les rebelles ont aussi construit des mikvé (bain rituel) et ont mené une vie juive communautaire… jusqu’en 73 de notre ère. Alors l’armée romaine arriva et assiégea la montagne afin d’éliminer la poche de résistance qui subsistait à Masada.

L’encerclement de la forteresse

Sous la direction de Flavius Silva, général de la Légion X Fretensis, les soldats romains construisirent huit camps entourant la montagne tout autour. Pendant plusieurs mois, ils ont aussi érigé un rempart à l’ouest de la montagne qui atteignait la muraille de Masada : le flanc occidental, au dénivelé moins élevé, était le point faible du site. C’est de ce côté que les troupes de Rome allaient attaquer.

Ces camps militaires, le mur de circonvallation et la rampe d’attaque qui entourent le site, sont les plus complets conservés dans le monde romain. Les travaux d’encerclement de la forteresse semblent disproportionnés face à la cible. Les troupes romaines, organisées autour de la légion X Fretensis, celle qui avait participé au siège de Jérusalem, étaient pourtant aguerries au travail de siège. Se basant sur les vestiges archéologiques, les historiens estiment qu’il y avait entre 8 000 et 15 000 soldats romains — y compris la main-d’œuvre — dont 5 000 légionnaires ; il aurait fallu près de 16 tonnes de nourriture et 26 000 litres d’eau chaque jour pour faire fonctionner cette armée ! Les esclaves juifs faisaient l’aller-retour vers Ein Gedi à pied, en files ininterrompues, pour apporter aux romains l’eau douce. Le chemin des esclaves est encore visible au nord du site.

Un site époustouflant

Tout est démesuré dans cette histoire : l’obsession des Romains à annihiler le dernier bastion juif indépendant et la préparation de l’assaut de Masada.

Des documents exceptionnels ont été retrouvés, comme une fiche de paie d’un citoyen romain, donc d’un légionnaire de la X Fretensis. Elle montre que sur les 50 deniers touchés, une partie était destinée au paiement de frais divers, de la nourriture, des vêtements et des chaussures. Une partie de la solde était payée en sel3 dont la valeur à l’époque était très importante, notamment pour conserver la nourriture.

Il s’agissait de couper totalement l’ennemi de l’extérieur. La résistance fut ardue. Il est difficile de dire comment les assiégés se sont défendus. Des pierres en forme de boulet de près de 50 kg ont été retrouvées. Mais à part quelques armes, nous ignorons tout des méthodes utilisées par les Juifs pour retarder la progression romaine.

Quoi qu’il en soit, lorsqu’ils ont réalisé qu’il n’y avait plus d’espoir, les défenseurs de Masada ont choisi la mort plutôt que l’esclavage :

[…] ils tirèrent au sort dix d’entre eux pour être les meurtriers de tous ; chacun s’étendit auprès de sa femme et de ses enfants qui gisaient à terre, les entourant de ses bras, et tous offrirent leur gorge toute prête à ceux qui accomplissaient ce sinistre office. Quand ceux-ci eurent tué sans faiblesse tous les autres, ils s’appliquèrent les uns aux autres la même loi du sort : l’un d’eux, ainsi désigné, devait tuer ses neuf compagnons et se tuer lui-même après tous […] Ils étaient morts dans la pensée de n’avoir laissé aucun être vivant au pouvoir des Romains ; cependant, une vieille femme et une parente d’Éléazar, remarquable entre toutes par son intelligence et son savoir, avaient échappé aux regards et s’étaient cachées avec cinq enfants dans les souterrains qui, à travers le sol, apportaient l’eau à la ville, pendant que les autres habitants étaient absorbés par le massacre. Le nombre des morts s’élevait à neuf cent-soixante, en comptant les femmes et les enfants.
Flavius Josèphe, La Guerre des juifs, IX, 1

La synagogue de Masada avec ses colonnes et bancs de pierre
La synagogue de Masada, l’une des plus anciennes connues. Photo © David Ohnona
Fresques murales romaines conservées dans le palais nord de Masada
Fresque murale dans le palais nord, aux couleurs remarquablement préservées. Photo © David Ohnona
Ostracon portant le nom de Ben Yaïr en araméen
Ostracon avec le nom de Ben Yaïr inscrit en araméen. Photo © David Ohnona

Devant le palais ouest, onze petits ostracon ont été découverts, portant chacun un nom unique. Sur l’un d’entre eux, on peut lire « Ben Yaïr », sûrement l’abrégé d’Éléazar ben Yaïr, le commandant de la forteresse. On pense aujourd’hui que les dix autres noms étaient ceux des hommes tirés au sort pour tuer les habitants, puis se suicider.

Le récit est terrible, les événements sont tragiques :

Ils [les Romains] arrivèrent à l’intérieur du palais. Alors, voyant cette multitude de cadavres, ils ne se réjouirent pas comme en présence d’ennemis morts, mais admirèrent la noblesse de cette résolution et ce mépris de la vie, attesté par tant d’hommes qui avaient agi avec constance jusqu’au bout.
Flavius Josèphe, La Guerre des juifs, IX, 2

Parmi les trouvailles archéologiques émouvantes, vingt-huit squelettes ont été réinhumés et beaucoup de matière organique retrouvée : nattes de cheveux de femmes, tissus, sandales en cuir, peignes à poux pour enfants en bois, boutons en os… Le climat du désert, sec et aride, permet une conservation idéale.

Le mythe

L’histoire de la bataille de Masada est devenue un mythe. Quelle est la part de véracité dans le récit historique et quelle est la part de fantasme ?

Les débats sont actifs au sein de la communauté scientifique et de nouveaux éléments viennent enrichir les hypothèses au fil des découvertes archéologiques. Pour reprendre Jodi Magness, les historiens de l’époque romaine n’ont pas écrit dans un souci de vérité absolue, mais plutôt dans le but de mélanger l’essence de la vérité à la tragédie et au triomphe pour créer une forme de divertissement :

Nous ne serions pas ici aujourd’hui sans l’histoire du suicide collectif. Il n’y a pas de gloire à vaincre un ennemi faible, il y a de la gloire à vaincre un ennemi héroïque. Les Flaviens ont instrumentalisé la Guerre des Juifs comme la pièce maîtresse de leur dynastie.
Jodi Magness, archéologue

Quoi qu’il en soit, Masada et tout ce qu’il peut représenter, a fasciné et continue à fasciner ; cette bataille est un événement assez marquant dans l’histoire juive pour en être devenu, au fil du temps, un symbole puissant. Il s’agit pourtant de l’histoire d’une défaite et d’un suicide collectif, proscrit par le judaïsme. Pourquoi l’histoire de l’échec de Massada est-elle devenue un mythe, alors que de nombreuses autres histoires, y compris des histoires de réussite, ne l’ont pas été ?

Ce refus de soumission à l’ennemi marquait, de la manière la plus spectaculaire qui soit, la volonté d’un peuple qui jamais ne se laisserait dicter sa conduite et ne renoncerait à ce qu’il était et à sa liberté. L’idéal d’un peuple qui, entre l’asservissement et la mort, choisirait toujours cette dernière éventualité.

Un symbole puissant

La légende a pris une grande importance symbolique dans la culture israélienne. La résistance juive à Massada est devenue un symbole de l’État moderne d’Israël après les premières fouilles de 1963-1965, menées par le célèbre archéologue Yigaël Yadin, également ex-chef d’état-major de Tsahal — Forces de Défense Israéliennes.

Certaines unités de Tsahal, venant d’achever leurs classes, prêtent d’ailleurs serment sur le site et les jeunes soldats répètent, avec leur promotion, les vers du célèbre poème composé par Yitzhak Lamdan en 1927 :

Masada ne tombera pas une nouvelle fois.
Yitzhak Lamdan, 1927

Masada est un site extraordinaire, incontournable pour comprendre l’histoire classique et moderne d’Israël. Claude Vigée4 l’a si bien exprimé :

Le mot d’ordre que l’on entend en Israël, c’est : « Jamais plus de Massada. » Cela veut dire : ne pas en être réduit à cette extrémité — la mort ou l’esclavage. Ce choix-là, aux yeux d’Israël actuel, doit être éliminé. Toute l’histoire moderne d’Israël est orientée de telle façon que l’alternative « Massada » soit écartée. Cela est très important. Ce qu’on peut appeler le mythe, l’épopée mythique de Massada, est accepté, sans que l’on en connaisse exactement les précisions, nombre de tués, nature de la mort, suicide ou combat. Mais de toute façon, dans les écoles, et dans la vie civile, Massada est présentée comme une apocalypse. L’élément mythique est très fort, comme dans toute apocalypse, mais au fond, il y a comme le souvenir de « l’option Flavius Josèphe » dans tout cela : éviter à tout prix, peut-être pas à « tout prix », mais dans la mesure du possible, un nouveau Massada.
Claude Vigée

Un haut fonctionnaire du Département d’État américain accusait Golda Meir, Premier ministre israélien alors en exercice, de souffrir du « complexe de Masada ». La très pugnace Golda, à qui il était ainsi reproché de s’opposer obstinément à la réouverture du canal de Suez, répliqua :

Eh bien, c’est vrai : nous avons un complexe de Masada. Un complexe de pogrom. Nous avons un complexe de Hitler !
Golda Meir

Pour les Israéliens, plus qu’une identification aux zélotes de la tragédie jouée voilà près de deux mille ans dans cette forteresse assiégée par les Romains, on peut parler d’un « syndrome de Masada » : la hantise de se retrouver acculés par l’ennemi dans une situation désespérée.


  1. Joseph fils de Matthatias le Prêtre, « Yossef ben Matityahou HaCohen ».
  2. De : meytsad, Fortification en hébreu.
  3. Dans le mot salaire… on retrouve la racine Sel.
  4. Pierre Vidal-Naquet et Claude Vigée, « Le mythe de Massada ». Dans Sylvie Parizet (dir.), Lectures politiques des mythes littéraires au XXe siècle. Presses universitaires de Paris Nanterre, 2009.
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