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Le Verre Antique Élégance et délicatesse intemporelles

Carl Buchalet
8 min de lecture
Le Verre Antique Élégance et délicatesse intemporelles
Israël · Archéologie
Ensemble de verreries — Collection Allaire

Avant de commencer à lire ces lignes, admirez ces verreries. Vieilles de près de deux mille ans, elles évoquent le raffinement, le luxe, également la féminité et la beauté…

Par Brigitte Ohnona Mannheim
— Archéologue à l’IAA
et Dr David Ohnona
— CEO Memories Foundation, ex-inspecteur général à l’IAA en charge du trafic d’antiquités

Mais qu’est-ce que le verre ? Le verre existe à l’état naturel sous la forme de l’obsidienne, une roche volcanique noire, extrêmement dure, qui a été utilisée il y a près de cent mille ans par de nombreuses sociétés de l’Âge de pierre à travers le monde pour la production d’outils coupants ou d’armes telles que des pointes de flèches. Véritable concurrente du silex, l’obsidienne bénéficia très tôt d’un commerce à grande échelle.

Il existe une légende au sujet de l’origine du verre ; elle est rapportée par Pline l’Ancien (Naturalis Historia, 77 avant notre ère). Il raconte que le verre a été découvert par hasard par des marchands phéniciens qui venaient d’accoster sur les rives du fleuve Bélus (non loin de la ville de Saint-Jean-d’Acre actuelle, en Israël). Ils devaient faire chauffer leurs marmites et pour ne pas les poser directement sur le feu, ils prirent des morceaux de natron, une sorte de roche. Sous l’effet de la chaleur, le natron mélangé au sable se transforma en une matière liquide et translucide inconnue, qui ensuite refroidit et durcit en une matière brillante : le verre était né !

L’origine du verre est donc entourée de magie et de mystère… Quoi qu’il en soit, le verre en tant que matériau, aujourd’hui présent partout, fut produit pour la première fois dans l’ancien Proche-Orient vers 2000 avant notre ère, en Mésopotamie et en Égypte.

Le verre était constitué d’un mélange de deux ingrédients principaux : la silice et la soude. La silice provient en fait du sable qui contient du quartz. Pour faire fondre la silice à basse température, les artisans de l’Antiquité utilisaient de la soude et également un stabilisant tel que la chaux ou la magnésie. La chaux était le stabilisant primaire, naturellement présent dans le sable de plage. Différents minéraux pouvaient donner au verre une couleur spécifique.

Grenade en verre, période cananéenne
Premières découvertes
Une grenade en verre, l’un des premiers objets découverts en Israël. Période cananéenne (XIVe-XIIIe siècle av. notre ère)
Ensemble de verreries découvertes en Israël
Fouilles archéologiques
Ensemble de verreries découvertes en Israël

Les premiers objets ont été fabriqués à partir de verre brut fondu, enroulé autour d’un noyau de matière organique. Le verre était très épais et opaque. En Israël, l’un des premiers objets en verre découvert est une grenade réalisée selon cette technique. Elle date de la période cananéenne (XIVe-XIIIe siècle avant notre ère). Cet objet d’environ 8 cm de haut et d’un diamètre de 7 cm est exposé au Musée d’Israël, à Jérusalem.

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La révolution du soufflage

Peu à peu, les techniques vont se perfectionner et le verre devient de plus en plus translucide, jusqu’à la découverte révolutionnaire des secrets du soufflage du verre sur les rives orientales de la Méditerranée, au milieu du Ier siècle avant notre ère.

Le soufflage permet la réalisation de vases, de formes, de tailles, de couleurs d’une très grande diversité. Cette technique est moins exigeante en main-d’œuvre et moins coûteuse. La fabrication de moules va permettre de produire des séries d’objets, avec des modèles plus populaires et plus « abordables ».

Peu à peu, les techniques vont se perfectionner et le verre devient de plus en plus translucide, jusqu’à la découverte révolutionnaire des secrets du soufflage du verre.

De nombreux assemblages de verreries ont été découverts lors des fouilles archéologiques en Israël ces dernières années. Les vases peuvent être sans décor ou bien avec des motifs plus ou moins élaborés. Parmi les réalisations les plus extraordinaires figurent les œuvres de l’artiste Ennion.

Ennion, un maître verrier de l’Antiquité romaine

Vases signés Ennion
Ennion, maître verrier
Jarres, vases et coupes signées en lettres bien visibles

Les objets en verre, quoique coûteux et pouvant être considérés comme des œuvres d’art, sont très rarement signés. Ennion est l’un des plus grands maîtres verriers de l’Antiquité romaine, qui vécut au Ier siècle de notre ère. Un groupe d’artistes verriers — Aristeas, Neikias, Megas, Jason et Ennion —, qui utilisaient la technique du soufflage, avaient l’habitude de signer leurs œuvres en grandes lettres bien visibles.

La signature d’Ennion était « Ennion l’a fait » (en caractères grecs : « ENNIΩN E OIEI »). Ennion était sans aucun doute le plus doué du groupe et le plus productif. On pense que le maître verrier venait de la ville phénicienne de Sidon, célèbre pour son verre, et la période de son activité a atteint son apogée vers le milieu du Ier siècle.

Des récipients à boire et des amphores portant son nom ont été trouvés dans de nombreux sites méditerranéens et sur le littoral de la mer Noire. Un nombre important de ses œuvres ont été découvertes en Italie, où, selon de nombreux chercheurs, il a émigré et a ouvert un autre atelier. Cependant, les découvertes les plus importantes du verre du maître ont été faites dans une maison détruite pendant la Grande Révolte juive et la guerre contre les Romains, en 70 de notre ère, dans le quartier juif de Jérusalem. Les formes sont des imitations de vaisselles en or ou argent ; elles sont décorées de motifs géométriques et floraux disposés en frises, et portent la signature du maître dans le bandeau central.

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Finesse et précision : le verre doré

Disque en verre doré avec symboles religieux juifs
Finesse et précision
Disque en verre doré décoré de symboles religieux juifs. IVe siècle de notre ère

Les récipients en verre antiques étaient souvent décorés de symboles religieux. Un exemple à la fois impressionnant et émouvant est un disque en verre doré dont on peut admirer la finesse et la précision du décor. Il s’agit de la base circulaire d’une coupe, constituée de deux couches de verre translucide enveloppant une feuille d’or.

Le décor comprend plusieurs éléments : l’Arche sainte, dont les portes grandes ouvertes révèlent trois étagères de rouleaux de la Torah. Des oiseaux sur un globe se tiennent de part et d’autre de l’Arche. Se trouvent aussi des symboles juifs : la Menorah (candélabre à sept branches), flanquée de deux lions de Judah, le loulav (branche de palmier), l’etrog (citron) et le shofar (corne de bélier). La pièce date du IVe siècle de notre ère et provient des catacombes juives de Rome, où elle était fixée dans une niche funéraire.

Environ 500 pièces de verre doré utilisées de cette manière ont été récupérées dans les catacombes romaines. Beaucoup montrent des images religieuses du christianisme, de la religion gréco-romaine traditionnelle et de ses divers développements cultuels, ainsi que quelques exemples superbes du judaïsme.

Le pillage des antiquités

À partir du XIIe siècle, ces verreries ont suscité l’intérêt des antiquaires et des collectionneurs, et ont commencé à être retirées des catacombes, d’une manière largement désorganisée et non enregistrée. On peut même évoquer un continuum dans le pillage des antiquités : les voleurs se livrant à un véritable trafic de ces objets, arrachés à leur lieu et contexte d’origine, sans études ni enregistrements scientifiques, pour de viles raisons commerciales : la plus grande collection se trouve au musée du Vatican, la seconde au British Museum, et elles sont constituées pour l’essentiel de ces objets pillés !

L’archéologie du verre aujourd’hui

Si certains objets sont spectaculaires, la plupart du temps, dans les fouilles archéologiques, on ne découvre que des fragments, plus ou moins grands, parfois microscopiques, parfois même de la « poussière » de verre. Autrefois négligées, les trouvailles en verre sont aujourd’hui l’objet d’études très poussées car le verre est un excellent marqueur chronologique qui permet de dater un site archéologique. Sur le terrain, tous les fragments sont collectés. La première étape est la restauration, qui est une spécialité à part entière, utilisant des techniques et des matériaux sophistiqués.

Bloc de verre brut antique
Lingot de verre brut
Un bloc de verre brut aux couleurs et à la transparence incroyables

Les fouilles subaquatiques d’épaves de navires livrent aussi des vaisselles plus ou moins bien conservées et surtout des « lingots » de verre brut dont les couleurs et la transparence sont absolument incroyables. En effet, il n’existait que peu de centres de « production primaire » du verre, le verre brut voyageait à travers le monde antique, principalement par voies maritimes, et était transformé lors de la « production secondaire », c’est-à-dire que les objets étaient façonnés dans les différents ateliers de verriers. L’analyse chimique du verre permet d’identifier le lieu de production primaire et l’on peut retracer les routes commerciales de l’Antiquité.

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Du verre au quotidien

Le verre était également utilisé pour fabriquer des carreaux de mosaïque. La technique du soufflage du verre et l’amélioration de la technologie des fours permirent la production du verre fondu, qui mena à la production de la première fenêtre en verre autour du Ier siècle de notre ère.

Même si le verre est, par définition, un matériau fragile, on peut retrouver parfois des objets intacts. Où ? Dans les tombes. Le verre, dans l’Antiquité, était un produit de luxe. Au même titre que les bijoux, les armes ou d’autres objets de valeur. Les personnes de haut niveau social se faisaient enterrer avec des effets précieux. La tombe ou le sarcophage étant un espace scellé, lorsque la sépulture n’a pas été pillée, on peut retrouver des verreries intactes.

Flacons à khôl : l’univers des femmes de l’Antiquité

Flacons à khôl de la période romaine
Flacons à khôl
Divers spécimens découverts sur des sites de la période romaine en Israël, en Syrie et en Jordanie. En médaillon : bloc de verre brut

Par exemple, des flacons à khôl, qui ont été découverts en grande quantité sur des sites de la période romaine en Israël, en Syrie et en Jordanie. Ils datent du IIe au VIe siècle de notre ère. Il s’agit de tubes simples ou doubles, en verre soufflé, le plus souvent en nuances de bleu et vert, plus rarement jaune ou brun. Ils peuvent être sans anse, ou bien en avoir deux ou plus. Ils mesurent entre 8 et 15 cm. Certains sont accompagnés d’un bâtonnet applicateur en bronze ou en ivoire.

Parfois, des résidus se trouvent au fond des tubes et des analyses chimiques ont pu être effectuées, permettant de déterminer la nature des onguents contenus dans ces petits flacons.

Ce type d’objets n’existait pas dans le monde romain occidental, mais uniquement en Orient. Certains récits bibliques font vraisemblablement référence à ces flacons à khôl : une fille de Job s’appelle Qeren-Happouk. Cela signifie en hébreu « corne du fard noir » et désigne probablement un récipient renfermant du maquillage, sans doute le khôl pour les yeux (Job 42:14).

Ces trouvailles sont très émouvantes et nous connectent directement à l’univers des femmes de l’Antiquité, tournées, elles aussi, vers le maquillage et les parfums, l’élégance, la séduction, la beauté et l’amour.

Les techniques verrières se sont perfectionnées au fil des siècles et le verre est omniprésent dans le monde actuel, il nous entoure dans notre quotidien, et il nous offre une transparence essentielle sur notre environnement.

Même s’il est synonyme de modernité, son histoire est multimillénaire. •

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