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La Menorah

Carl Buchalet
12 min de lecture
La Menorah
Archéologie · Israël

Entre archéologie, symboles et légendes

La Menorah est présente dans notre quotidien et elle est un objet sacré
entouré de mystères, de symboles et de légendes. L’archéologie, à travers
deux millénaires, révèle sa présence en Israël dans de nombreux sites
de fouilles et sur des supports différents : sculptures, dessins, gravures,
mosaïques, lampes à huiles, vases en verre, monnaies antiques…

© DR

Brigitte Ohnona Mannheim
Archéologue
David Ohnona
CEO Memories Foundation, ex-inspecteur général à l’IAA
L’Arche · Novembre-Décembre 2024

« Tu feras un chandelier d’or pur […] »

Exode 25 :31

La construction de la Menorah, le chandelier à sept branches, fut prescrite dans le Livre de l’Exode (Exode 25 :31-40, Exode 37 :17-24, 8 :4). La Menorah est devenue non seulement le symbole le plus ancien du judaïsme, mais aussi le symbole religieux le plus ancien du monde occidental, toujours utilisé aujourd’hui. Le candélabre à sept branches a été la source de fascination et d’illumination pour les Juifs, les Samaritains, les chrétiens et les francs-maçons, depuis trois millénaires. Outre son caractère sacré, elle est devenue, en 1948, le symbole de l’État d’Israël.

La tradition biblique commence au mont Sinaï, lors de l’Exode des Juifs après leur sortie d’Égypte.

Tu feras aussi un candélabre d’or pur. Ce candélabre, c’est-à-dire son pied et sa tige, sera fait tout d’une pièce ; ses calices, ses boutons et ses fleurs feront corps avec lui. Six branches sortiront de ses côtés : trois branches du candélabre d’un côté et trois branches du candélabre de l’autre […] Puis tu feras ses lampes au nombre de sept ; quand on disposera ces lampes, on en dirigera la lumière du côté de sa face. Puis, ses mouchettes et ses godets, en or pur. Un kikkar d’or pur sera employé pour le candélabre, y compris tous ces accessoires.

Exode 25 :31,39

Dieu demande à Moïse de réaliser un chandelier en or pur, pour témoigner de la relation réciproque entre Lui et son peuple. Sa lumière ne doit jamais s’éteindre. Le chandelier est ainsi conçu d’une seule pièce en or pur, composé d’une branche centrale entourée de trois autres branches de chaque côté, alignant sept lampes à huile décorées de boutons de fleurs. Sa forme est inspirée du Buisson ardent que Moïse a vu sur le mont Sinaï.

De l’hébreu מנורה, le terme Menorah est composé de me, indiquant la provenance d’une chose, associé à la racine hébraïque norah, nourah, de nour, nor, la flamme. Menorah signifie donc « de la flamme ». Signalons également que la valeur numérique du mot מנורה, selon la gematria (forme d’exégèse propre à la Bible hébraïque dans laquelle on additionne la valeur numérique des lettres), est égale à 301 ; soit la même valeur que le mot אש, le « feu ». Cette lumière représente la présence divine, source de vie pour tout Israël mais aussi pour toute l’humanité.

Mosaïque de Hammat Tiberias représentant deux Menorot flanquant une arche sainte
Mosaïque de Hammat Tiberias — Représentation de deux Menorot flanquant l’arche de la Torah. © David Ohnona

La Menorah renvoie à Dieu, mais aussi à l’homme. Ses sept branches représentent les sept jours de la création du monde, celle du milieu étant le shabbat qui éclaire les autres jours. Elle était allumée en partant à droite de la branche qui jouxte le shabbat vers la troisième branche (dimanche, lundi et mardi) ; puis on passait à l’extrême gauche pour allumer chaque jour une branche et se rapprocher ainsi du shabbat (mercredi, jeudi et vendredi). Le shabbat, centralité de la semaine, toutes les branches étaient allumées ; un cycle permanent du « temps juif ». Les jours, les semaines, les mois, les fêtes, la lecture des péricopes de la Torah se succèdent et se renouvellent.

La Menorah symbolise aussi les capteurs sensoriels de l’homme pour entendre et appréhender son prochain, l’espace et le monde : la vision, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher, la proprioception et l’équilibre vestibulaire ; soit les sept sens.

Selon le Gaon de Vilna (XVIIIe siècle), ces sept branches (et donc les sept lumières qui s’y trouvaient) représentent les sept sciences qui sont primordiales pour pouvoir comprendre l’Univers et parmi lesquelles on va retrouver, entre autres, les mathématiques, la grammaire et la musique. Il met ainsi en valeur la symbiose entre les sciences, la physique, et la métaphysique au cœur du judaïsme.

La Menorah, placée dans le Temple de Jérusalem, est restée allumée pendant une période de quinze siècles, à l’exception de deux interruptions.

La Menorah se trouvait au départ dans le Tabernacle (la tente qui abritait l’Arche d’Alliance à l’époque de Moïse) ; elle a ensuite été placée dans le Temple de Jérusalem, où elle est restée allumée pendant une période de quinze siècles, à l’exception de deux interruptions : lors de l’exil des Juifs à Babylone qui a suivi la destruction du premier Temple de Jérusalem, en 587 av. J.-C., par Nabuchodonosor, et lors de la profanation du Second Temple par Antiochus Epiphane, pendant onze ans, ce qui a conduit à la révolte des Maccabées et à la fête de Hanouka. Précisons que lors de la ré-inauguration du Temple, les révoltés ont découvert une fiole d’huile d’olive pure portant le sceau du Grand-Prêtre ; elle suffisait à l’allumage d’une seule journée, mais elle est restée allumée huit jours (temps nécessaire à la production d’huile pure). C’est pourquoi cet événement est célébré à Hanouka en allumant une Hanoukiah, candélabre à huit branches et non sept, comme la Menorah.

Après avoir détruit le second Temple en 70 de notre ère, l’empereur romain Titus s’empare du candélabre et ordonne à ses sculpteurs de le reproduire sur l’arc de triomphe à Rome célébrant sa victoire sur la Judée. Une victoire militaire mais qu’il veut transformer en message politique pour anéantir l’esprit de révolte des Juifs. Cette représentation est probablement la plus célèbre : la Menorah est devenue le principal symbole juif, par essence un rappel du Temple détruit, de la souveraineté perdue, de la diaspora et de l’espoir de la sortie de l’obscurité de l’exil pour le peuple juif vers la lumière du retour à Sion.

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Les témoignages archéologiques

Toutefois, la Menorah de l’arc de Titus est-elle vraiment fidèle à la Menorah originelle ? Les découvertes archéologiques faites en Israël permettent de donner quelques réponses.

Les lois sacerdotales du Pentateuque interdisaient de voir la Menorah parce que tout l’intérieur du Tabernacle du désert était interdit aux laïcs (seuls les prêtres pouvaient entrer), et lors du déplacement du Tabernacle, les récipients (y compris la Menorah) étaient recouverts. Ces restrictions ont continué à l’époque du Premier Temple (1000-586 av. J.-C.) et du Second Temple (538 avant notre ère / -70 de notre ère).

De fait, les archéologues n’ont retrouvé à ce jour aucune représentation de la Menorah datant de la période ancienne du Premier Temple. Les premiers témoignages archéologiques datent de l’époque du Second Temple, lorsque la Menorah antique se trouvait encore dans le Temple.

Monnaie de la période de Mattathias Antigone II représentant une Menorah
Monnaie de Mattathias Antigone II (80-37 av. J.-C.) — Le pied en trépied est clairement visible.

Les quelques représentations connues contemporaines de cette époque semblent montrer la Menorah juive avec une base en trépied. Il s’agit notamment du fragment de graffiti de la Menorah antique découvert par l’archéologue israélien Nahman Avigad lors de ses fouilles dans le quartier juif de Jérusalem. Plusieurs pièces de monnaie du dernier roi hasmonéen Mattathias Antigone II (80-37 avant notre ère) ont également survécu.

Contrairement à la Menorah de Titus, le pied est un trépied et non pas un coffre, et cela est confirmé par les mosaïques des synagogues antiques de Hammath Tiberias, Beth Shean, Beth Alpha et Nirim, que nous abordons ensuite.

La pierre de Magdala

Pierre de Magdala — bloc de pierre sculpté représentant une Menorah à sept branches, flanquée de vases et colonnes
La pierre de Magdala — Table en pierre sculptée (55 cm / 60 cm / 30,5 cm) découverte dans une synagogue du Ier siècle à Migdal, en Galilée. Elle présente une Menorah à sept branches flanquée de grands vases et de colonnes. © Israël Antiquities Authority

La table en pierre sculptée, trouvée récemment à Magdala, est l’une des découvertes majeures de l’archéologie en Israël. Une synagogue datant de la période du Second Temple (Ier siècle) a été mise au jour lors de fouilles archéologiques menées sur le chantier de construction d’un hôtel sur la plage de Migdal (Galilée, rivage du lac de Tibériade) en 2009. À l’intérieur de cette synagogue, l’une des plus anciennes de la région, se trouvait un grand bloc de pierre sculpté (55 cm / 60 cm / 30,5 cm), désormais connu comme la pierre de Magdala.

La pierre présente sur le côté court une Menorah à sept branches, flanquée de grands vases et de colonnes. Sur les côtés longs se trouvent des motifs architecturaux pour donner l’impression d’être « à l’intérieur » d’une synagogue ou du Temple, et, sur le dessus, une rosace avec six pétales a été gravée. Une représentation en 3D du Temple impressionnante !

C’est la première Menorah à être découverte dans un contexte juif et qui date de la période du Second Temple. Les chercheurs supposent que la gravure qui apparaît sur la pierre a été réalisée par un artiste qui a vu de ses propres yeux la Menorah à sept branches dans le Temple de Jérusalem.

Dr Dina Avshalom-Gorni, Autorité des Antiquités d’Israël (IAA)

Mosaïque de Beth Alpha représentant l'arche de la Torah encadrée de deux Menorot
Mosaïque de Beth Alpha — L’arche de la Torah flanquée de deux Menorot et d’animaux symboliques.
Lampe à huile antique décorée d'un motif de Menorah
Lampe à huile avec un décor de Menorah. © David Ohnona

En 2011, l’Autorité Israélienne des Antiquités (IAA) a annoncé la découverte d’une « gravure de la Menorah du Temple sur un objet en pierre », dans un canal de drainage vieux de deux mille ans, près de la Cité de David, à Jérusalem. Selon Eli Shukron (IAA) et le professeur Ronny Reich, « il est intéressant de noter que bien qu’il s’agisse d’une description de la Menorah à sept branches, seules cinq branches sont représentées. » Certainement pour respecter le côté sacré et l’avis de certains rabbins de ne pas représenter les sept branches.

La base de cette Menorah est très importante, car elle montre vraisemblablement à quoi ressemblait le trépied d’origine. La proximité du mont du Temple renforce cette hypothèse des chercheurs : l’auteur de la gravure aurait peut-être vu la lampe de ses yeux et admiré sa beauté.

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La Menorah dans le judaïsme antique tardif

Après la destruction du Temple de Jérusalem, les représentations de la Menorah avec une base à trois pieds étaient en effet très populaires dans le judaïsme antique tardif (IVe-VIe siècles de notre ère). On peut le voir clairement sur les sols en mosaïque de plusieurs synagogues (Hammath Tibériade, Beth Shean, Beth Alpha et Nirim), sans parler des plaques inscrites, des lampes à huile, et même d’un minuscule anneau en or du Ve siècle, découvert par Dr Eilat Mazar à l’intérieur d’une chambre voûtée sous l’arche de Robinson, à l’angle sud-ouest du mont du Temple à Jérusalem.

On retrouve également la base en trépied dans la synagogue plus tardive — VIIe siècle — de Jéricho, sur la mosaïque représentant la Menorah accompagnée de l’inscription « שלום על ישראל » (« Paix sur Israël »).

Parmi les découvertes exceptionnelles, on peut également citer le sceau en argile gravé d’une Menorah trouvée dans le village antique de Uzza, près de Saint-Jean-d’Acre, où chrétiens et juifs cohabitaient au VIe siècle. Le sceau, utilisé par un boulanger juif nommé Laontius, était appliqué sur la pâte avant de l’enfourner… Laontius faisait du pain casher ! Le Dr Danny Sion a alors déclaré : « C’est une découverte rare, unique dans son contexte. »

Dr Eilat Mazar présentant le médaillon en or orné d'une Menorah, découvert près du mont du Temple
Médaillon en or découvert par la Dr Eilat Mazar — Un médaillon en or pur de 10 cm de diamètre incisé d’un décor de Menorah, un grand shofar et un rouleau de la Torah, accompagné de boucles d’oreilles en or et 36 pièces d’or de l’époque byzantine (IVe au VIe siècle). © Eilat Mazar

En 2013, la Dr Eilat Mazar a fait une « découverte à couper le souffle, une seule fois dans une vie » : un médaillon en or pur de 10 cm de diamètre incisé avec un décor de Menorah, un grand shofar et un rouleau de la Torah. Caché dans un sac en cuir avec des boucles d’oreilles en or et 36 pièces d’or de l’époque byzantine qui couvrent une période de deux cent-cinquante ans, du IVe au VIe siècle. Il semble que ce trésor a été apporté à Jérusalem par des émissaires de la communauté juive exilée en diaspora pour rétablir Jérusalem. Lorsque les Perses envahissent la région et prennent Jérusalem, en 614, massacrent ses habitants et détruisent nombre de sites, le trésor fut enterré pour échapper au pillage et il est resté caché pendant quatorze siècles !

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Le destin de la Menorah du Temple

Lampe à huile en bronze avec un décor de Menorah
Lampe à huile en bronze avec un décor de Menorah. © Musée d’Israël à Jérusalem

La Menorah du Temple fut, semble-t-il, emportée à Rome par les hommes de Titus après le saccage du Temple et sa destruction en 70 de notre ère. Sur l’arc de triomphe sont représentés les captifs juifs défilant lors de la procession triomphale de Titus avec les ustensiles du Temple et la Menorah. Ce qui marque les archéologues, c’est qu’elle repose sur une base ornée de figures avec des aigles, des serpents de mer et/ou des dragons à queue de poisson, et non pas sur un trépied comme dans toutes les représentations évoquées ci-dessus.

Comment expliquer cette différence de taille ? Les juifs ont-ils caché la Menorah pour la soustraire aux Romains avant la défaite ? S’agit-il donc d’une autre Menorah, une réplique ? Le trépied a-t-il été cassé dans les combats et remplacé par cette base ? Ou le coffrage qui soutient la Menorah sur l’arche de Titus est-il un coffre « solide » et plus large qui contient le trépied ? Les Romains ont-ils voulu affirmer leur puissance en substituant au trépied ce coffre aux motifs païens, qui affirme la puissance de Rome et désacralise l’objet de culte juif ?

Est-ce le roi Hérode, despote servile, vassal et allié de Rome, qui a introduit dans le Temple cette Menorah ou juste le socle, pour imposer à ses sujets juifs réticents les symboles de l’autorité et des valeurs romaines ?… Personne n’a de réponse à ce jour.

Le motif de la Menorah est fréquent aux époques romaine et byzantine. Outre les mosaïques, on le trouve comme décoration de lampes à huile ou de vases en verre.

La Menorah originale existe-t-elle encore ?

Cette question est entourée de mystère… les mythes et légendes sont nombreux. Elle serait cachée dans les caves du Vatican ; elle aurait été jetée dans le fleuve Tibre ; elle n’aurait pas quitté Jérusalem et se trouverait dans des souterrains sous le mont du Temple ; elle aurait été mise en lieu sûr dans une grotte du désert de Judée… Là aussi, personne n’a de réponse à ce jour.

Le symbole de la Menorah est également présent dans le christianisme ; les chrétiens voient une continuité du Tabernacle aux deux Temples de Jérusalem puis à l’Église. Selon la théologie de la substitution : la Menorah est le candélabre de Dieu, et il représente la lumière du Christ. Par ailleurs, pour les Pères de l’Église, la superposition du chandelier du Temple à la Croix du Christ était une vision familière.

Aux siècles suivants, le candélabre demeurera pour le christianisme un symbole important de la Bible, mais qui sera le plus souvent réinterprété dans les liturgies catholiques par les cierges d’autel. Si vous visitez Jaffa, vous trouverez dans l’église Saint-Pierre une représentation en bronze de la Menorah.

Son symbole est également couramment utilisé par la franc-maçonnerie, qui affirme prendre ses origines dans la construction du Temple de Jérusalem.

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La Menorah, emblème d’Israël

La Menorah est devenue l’emblème de l’État d’Israël, entourée de deux rameaux d’olivier qui symbolisent la Terre d’Israël, mais également la paix. Un des enjeux essentiels du Retour d’Israël sur sa terre est en effet celui de retrouver la mission véritable d’Israël au sein du monde, celle de « Lumière des Nations ».

L’actualité très difficile d’Israël, qui lutte contre les forces obscures du mal, illustre ce combat permanent pour la Lumière.

* Une base analogue, ornée de motifs similaires, a été exhumée d’un temple romain à Didyme, aujourd’hui dans le sud de la Turquie.

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