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Beit Lehi / Beit Loya

Carl Buchalet
6 min de lecture
Beit Lehi / Beit Loya
Archéologie • Israël

Un site archéologique méconnu et captivant

Par Brigitte Ohnona Mannheim, archéologue à l’IAA
et Dr David Ohnona, CEO Memories Foundation, ex-inspecteur général à l’IAA

L’Arche — Janvier-Février 2023

« Pressé par la soif, Samson fit appel à l’Éternel en disant : C’est toi qui as permis cette grande délivrance par l’intermédiaire de ton serviteur […] Dieu fendit la cavité du rocher qui se trouve à Lehi et il en sortit de l’eau. Samson but, il retrouva ses forces et reprit vie. C’est pour cela qu’on a appelé cette source En-Hakkoré. Elle existe aujourd’hui encore à Lehi. »
Juges 15 : 18-19

Samson est l’une des figures importantes de la Bible, l’un des juges d’Israël pendant vingt ans, au XIIe siècle avant notre ère. Son histoire est relatée dans le Livre des Juges. Nazir, il tirait sa force herculéenne de son opulente chevelure : consacré à Dieu dès sa naissance, il ne se coupait jamais les cheveux, ne buvait pas de vin, ainsi que le voulait la coutume. Il fut l’auteur de nombreux exploits. Il conduisit son peuple, sous domination des Philistins, à la révolte. Le Grand-Prêtre des Philistins de Dagon poussa la belle Dalila à user de son charme pour obtenir ce secret et détruire cet ennemi redoutable en lui coupant les cheveux.

Khirbet Beit Lehi ou Khirbet Beit Loya est un site archéologique unique dans le sud des contreforts de la Judée (Shephelah), sur une colline à 400 m d’altitude. Situé sur l’une des grandes voies de l’Antiquité, il a été colonisé pour la première fois à l’âge du Fer II, aussi appelé période du Royaume de Juda, au Xe siècle avant notre ère. Il a été abandonné lors de la conquête babylonienne en 586 avant notre ère et peu de temps après, il a été réoccupé par les Iduméens païens venus du sud-est.

Vers 112 avant notre ère, la zone est revenue au contrôle juif sous les Hasmonéens / Maccabées, le restant jusqu’à la période hérodienne du Second Temple. Suite à la première révolte juive contre Rome (66-70), le site semble avoir été déserté. Il a été repeuplé environ trois cents ans plus tard, à l’époque byzantine, en tant que village chrétien. Au cours des siècles suivants, Beit Lehi semble avoir existé comme une bourgade, finalement abandonnée vers le XIIIe ou XIVe siècle. Depuis lors, la terre a lentement recouvert les structures existantes.

Le site a été découvert au tout début du XXe siècle. Plusieurs campagnes de fouilles ont eu lieu depuis les années 1960, les plus récentes dans les années 2010, menées par une équipe de l’Université Hébraïque de Jérusalem sous l’égide de la Fondation Beit Lehi, fondation américaine mormone à but non lucratif. En effet, depuis les années 1970, l’Église des saints des derniers jours a développé une théorie selon laquelle Khirbet Beit-Loya aurait pu être la demeure de Lehi, le premier prophète du Livre de Mormon.

Des découvertes impressionnantes

Les découvertes sont nombreuses. La géologie de la région est caractérisée par une couche profonde de calcaire tendre recouverte d’une couche de calcaire dur. Ainsi, on trouve plusieurs structures creusées dans le roc, notamment un pressoir à huile, des bains rituels (miqveh), un colombier massif (columbarium), une chapelle, des écuries et un certain nombre de citernes d’eau.

1 100 niches
Le grand columbarium est le plus grand jamais trouvé dans le monde. Il a été creusé au IIIe siècle avant notre ère et utilisé pendant près de 800 ans.

Écurie souterraine avec mangeoires creusées dans la roche
1. Écurie souterraine datée du IIIe ou IIe siècle av. J.-C. — Photo © Elie Attali
Pressoir à huile pouvant contenir 500 kg d'olives
2. Pressoir à huile avec un énorme cratère en pierre pouvant contenir 500 kg d’olives — Photo © Elie Attali
Le grand colombarium de Beit Lehi avec ses niches triangulaires
3. Le grand colombarium : 1 100 niches pour l’élevage de tourterelles, le plus grand jamais découvert dans le monde — Photo © Elie Attali

Le « grand columbarium » est l’un des neuf columbariums découverts jusqu’à présent sur le site de Beit Lehi. C’est un pigeonnier, où l’on élevait des tourterelles. Il a été creusé au IIIe siècle avant notre ère et utilisé jusqu’à la fin de la période byzantine, avant qu’un tremblement de terre ne l’endommage au VIe siècle de notre ère — il a donc été utilisé pendant près de 800 ans !

Les colombes sont des oiseaux casher, tout comme leurs œufs, source de protéines et de mets délicats ; elles étaient utiles également pour porter des messages entre les villes et pour l’engrais produit par leurs fientes, utilisé dans l’agriculture antique.

Un pressoir à olives et un bain rituel

Un impressionnant complexe comprenant un pressoir à olives et un bain rituel (miqveh) a été mis à jour en 2005. À l’intérieur du pressoir se trouvait un énorme cratère en pierre pouvant contenir 500 kg d’olives ! Un bain rituel juif était contigu au pressoir : les personnes s’immergeaient chaque jour afin d’être pures avant de commencer à travailler. La notion de pureté est essentielle dans le judaïsme ; l’huile d’olive produite à Beit Lehi devait être pure et casher et était vraisemblablement envoyée au Temple de Jérusalem.

Menorah gravée dans la pierre du pressoir à olives
Menorah gravée dans la pierre sur l’une des parois du pressoir. L’un des habitants de Beit Lehi aurait vu la menorah du Temple de Jérusalem. — Photo © Elie Attali

Cette hypothèse semble confirmée par la présence d’une menorah gravée dans la pierre sur l’une des parois du pressoir : l’un des habitants de Beit Lehi aurait vu la menorah du Temple. En effet, le socle représenté sur la gravure est un trépied, comme celui retrouvé sur le mur d’une maison de cohen, de prêtre, dans le quartier juif de Jérusalem et sur certaines mosaïques antiques de l’époque.

Écuries, tombes et tunnels

Évoquons aussi la découverte d’une écurie souterraine datée du IIIe ou IIe siècle avant notre ère. On peut voir six mangeoires où les animaux, probablement des ânes, étaient nourris. Sous les mangeoires se trouvent deux fosses où les déjections des animaux étaient collectées et utilisées comme engrais dans les champs. Une autre pièce contenait un grand abreuvoir.

Plusieurs tombes creusées dans le roc ont été fouillées. Leur agencement correspond aux normes de l’architecture funéraire juive de la période du Second Temple : la grotte funéraire comprend un espace central et des sépultures, disposées sur les côtés ; les grottes étaient souvent des tombes familiales abritant plusieurs corps.

Pendant la Grande Révolte juive (66-70 CE), les Juifs ont creusé des tunnels sous le village. Ils firent de même dans d’autres implantations de la région. Cela faisait partie de leur plan tactique pour mener une guérilla contre les Romains. Dans La Guerre des Juifs contre les Romains, Flavius Josèphe décrit en détail diverses batailles. L’une d’entre elles, conduite par le rebelle Niger, aurait pu avoir lieu à Khirbet Beit Loya.

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Des vestiges spectaculaires

L’un des vestiges les plus spectaculaires et monumentaux de Beit Lehi est l’église byzantine, fondée vers 500 de notre ère sur les vestiges de la synagogue. L’église, orientée vers l’est, était divisée en trois parties : l’atrium ou grande cour devant le bâtiment, le narthex ou couloir qui séparait l’atrium et la basilique elle-même.

Grand colombarium vu depuis la surface, puits creusé dans la roche
1. Grand colombarium — puits creusé depuis la surface. La lumière naturelle pénètre dans la cavité souterraine. — Photo © Elie Attali

Des mosaïques exceptionnelles ornaient cette église. Pour n’en citer qu’une : la représentation d’un bateau de pêcheurs, probablement dans la mer de Galilée. À noter les visages des personnages chrétiens « repixellisés » pour les rendre méconnaissables par les musulmans qui ont réagencé les tesselles de mosaïque.

Les mosaïques de l’église byzantine

Mosaïque: dédicace en grec dans l'église byzantine
2. Dédicace en grec — Photo © Elie Attali
Mosaïque: coupe ornementale dans l'église byzantine
3. Coupe ornementale — Photo © David Ohnona
Mosaïque: bateau de pêcheurs sur la mer de Galilée
4. Bateau de pêcheurs, probablement sur la mer de Galilée — Photo © David Ohnona

Plusieurs inscriptions en grec ont également été déchiffrées, la plupart mentionnent les donateurs de l’église. Au IXe siècle, l’église a été abandonnée et est devenue un lieu de sépulture pour les musulmans, qui ont également ajouté une petite mosquée à proximité.

Un site difficile d’accès

Beit Lehi est un site méconnu du public. Il se trouve dans une zone d’exercice militaire de l’armée israélienne. Ainsi, il ne peut être visité que certains week-ends et jours fériés lorsque les soldats ne s’entraînent pas dans la région. Il n’y a pas de route goudronnée menant au site et un véhicule tout-terrain est donc nécessaire pour y accéder.

C’est l’une des excursions insolites proposées par la Fondation Israël Archéologie, guidée par des archéologues israéliens qui participent à la fouille du site.

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